Le Havre /
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A partir du Mercredi 12 Janvier 2010 "VIDANGE III" au
HOP
restaurant rue Jules Lescene Le HAVRE
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METALLIKA
2009
projet en cours
Métallika
Entretien Laurent Bréard / Emmelene Landon
A l’atelier de Paris, mai 2009
- C’est quoi, l’idée de ton expo ?
- C’est encore un projet, les photos sont faites et je commence à les assembler. Leur point commun, c’est qu’elles sont toutes liées au métal et au travail du métal. Il y a beaucoup de photos abstraites. On voit notamment un désoudeur d’épave, une photo que j’ai prise en 1996.
- Donc, c’est un projet que tu as depuis très longtemps ?
- C’est un projet que j’ai dans la tête depuis pas mal de temps et puis, à force d’accumuler ces images, je me suis dit il y a un an ou deux que ce serait intéressant de les rassembler et d’en faire une expo.
- Pourquoi le métal ?
- Le métal, c’est lié au travail, que ce soit l’environnement métallique d’une usine, un site industriel, mais aussi l’outillage, le câblage, le façonnage de tôle, d’aluminium, de zinc.
- Le métal d’un point de vue portuaire ?
- Industriel. Et portuaire aussi, parce qu’il n’y a pas de limite entre le portuaire et l’industriel, c’est une continuité. Dans le portuaire, l’industrie n’est pas loin. Mon père, au début de sa vie d’ouvrier, était couvreur. Gamin, je me souviens de tous ces outils de couvreur qu’il avait gardés : les outils à plier les tôles, les ciseaux à découper le zinc, et puis il en parlait avec passion.
- Et toi, tu les voyais, ces outils ?
- On les avait à la maison. Il avait fait un grand tableau au mur, il avait tout croché et mis des noms en-dessous. Un jour il a fait une chute dans son hangar. Son hangar, ce n’était pas rien, c’étaient les chantiers des constructions navales du Havre, car justement il était en train de refaire une partie de la charpente. Il est tombé de sept mètres à plat et il s’est pété deux / trois vertèbres. Ensuite il n’a pas pu refaire son métier, car il était trop abîmé. Et il avait le vertige après, il ne voulait plus monter sur les toits. Il a donc changé de direction. Ma mère, elle, a commencé toute jeune à travailler dans les tréfileries à côté du Havre. Elle travaillait surtout le lin et les fibres végétales. L’entreprise a fermé dans les années cinquante et elle a trouvé du boulot au Havre dans une entreprise qui s’appelait Tréfileries et Métaux du Havre. Il y a ce lien entre les deux métiers de mes parents : le métal, le façonnage, la production du métal. Mais j’ai très vite oublié tout ça.
- Et comment est-ce que tu le retraduis en images ?
- Par la fascination du métal que je trouve beau. Mes images sont souvent abstraites, on ne comprend pas trop pourquoi telle charpente métallique supporte tel pont roulant qui supporte une chaîne énorme qui elle-même décolle des masses de métal. C’est tout un environnement de manutention. Tout ce qui a été construit par l’homme pour le métal. Il y a quelques temps, j’ai pris des photos de lieux où on ne travaille que le métal : certains vieux garages, un garagiste qui travaillait sur de vieilles Mercedes en refaisant des pièces. Il avait aussi cette passion de plier le métal, de lui redonner une forme. Et aussi un autre atelier où on fabriquait des pièces typiques pour l’industrie : des tours, des machines-outil datant des années 14-15. Dans cet environnement il y avait comme plein de cheveux tombés par terre. J’y suis resté pas mal de temps et j’ai vraiment shooté cet endroit métallique, de copeaux, de couleurs, aussi, et d’odeurs, parce que le métal et la graisse se mélangent. Quand je regarde mes photos, je retrouve cette présence métallique. Tout ce boulot conscient et inconscient est devenu maintenant presque cohérent. Et là je ressemble tout ça pour faire vivre ces photos. Il y a aussi des intérieurs de centrales thermiques, par exemple, de centrales électriques, des turbines Alstom, qui n’ont pas de rapport avec des machines-outils de garagiste ou d’outils tout simplement…
- Mais c’est quand-même le métal… et puis si on pense au poids, le métal a allégé le travail des hommes…
- C’est ça. Dans la manutention, le métal a permis à l’homme de créer des choses de plus en plus lourdes et complexes. Pour la construction navale, on est passé du bois au métal, et là toutes les formes sont possibles et les bateaux atteignent des tailles gigantesques. Au début on les riftait, et quand la soudure est apparue, tout est devenu possible dans les dimensions, les formes, dans les caissons… Tout autour, il y a la panoplie de machines-outil, de plieuses géantes, d’outils à déplier, à déchiqueter, à transformer le métal, et c’est tout cet univers-là qui me plaît. Il y a l’outil, le produit, et toute l’évolution technique de l’homme.
- Dans tes photos, qu’est-ce que cela donne ?
- Les photos sortent comme ça, si je ne leur donne pas de légende, on ne reconnaît pas ce que c’est, mais par contre je peux raconter l’histoire de la photo par l’endroit.
- Et le projet d’exposition ?
- Ca s’appelle Métalika avec un K…
- On dirait un groupe de hard rock…
- Pourquoi pas, pour la fusion, le bruit, le métal…
- Tu aimes le hard rock ?
- J’aime le bruit, le bruit des ateliers… J’ai eu la chance de travailler avec quelqu’un qui faisait un mémoire sur un des derniers ateliers de chaudronnerie pour navires. J’y suis resté presque tous les jours pendant un mois dans tous les ateliers de chaudronnerie, de soudure, de découpage et même d’électricité sur certaines parties de pièces. Cette ambiance me fascine. Il y a de moins en moins de ce type d’atelier en France, tout est délocalisé maintenant. Il s’agit de ça aussi, de se rappeler que ce n’est pas si vieux que ça…
- Dans le tiers-monde ce genre d’atelier continue à exister. Est-ce que tu vois une évolution pour le métal ? Ici, il y a ton regard sur le travail de tes parents. Le tien, serait-il neutre ?
- En fait, c’est tout ce qui nous entoure, une centrale, un porte-conteneurs qui rentre dans le port, tout est métal du conteneur jusqu’aux machines. C’est du réel, ça circule, ça fonctionne, ça se déplace. Quand on voit une voiture ou un bateau, on ne s’imagine pas tout le travail, tout ce qui a pu se passer dans les ateliers, les différents alliages, le travail des soudeurs…
- Je pense à Dunkerque…
- Les usines d’Arcelor-Mittell, à la fabrication du métal qu’on met en bobines…
- Et puis de part le monde, l’extraction du nickel en Nouvelle-Calédonie…
- C’est tout un cheminement très présent dans nos régions du Nord de la France…
- Mais toi, ton travail de photographe, ton choix aussi de monter ces photos sur de grandes pièces de métal, quel sens donner à cela ?
- J’ai fait tirer deux grands formats sur du zinc dans une entreprise de couverture. Je me suis présenté comme fils de couvreur pour leur dire que je voulais présenter mes photos sur du zinc. Ils m’ont regardé un peu bizarrement. Mais ensuite il y a avait une confiance. Ca donne un poids aux photos car le zinc est très lourd. Maintenant tout est dématérialisé. Mon idée, c’est de re-matérialiser l’image, de lui redonner du poids. De mettre en valeur tout ce qui nous entoure dont on ne fait plus attention : les ponts, les centrales et leur intérieur de cathédrale métallique. Normalement ce sont des lieux réservés, quasiment interdits de visite, pas faits pour être beaux, mais d’une immense beauté. A partir d’éléments tout à fait anodins, de parois métalliques, de ponts roulants, de rouages ou de poulies, avec la photo j’essaie de capter une certaine esthétique, une dynamique, et on sent dans ces photos une beauté étrange, par les couleurs aussi : la rouille…
- Des couleurs qui échappent à l’industrie car elles deviennent minérales…
- … qui se mélangent dans un environnement. Dans une usine on a souvent des métaux différents et on retrouve cette gamme particulière de couleurs. Ces endroits, par leur esthétisme et leur symbolique, sont très riches.
- Et combien d’accidents de travail dans ces lieux ?
- Ces lieux sont super sécurisés dans la prévention, à tous les dix mètres on a des panneaux casques, panneaux masques, panneaux attention tuyau d’eau chaude… c’est un environnement hostile.
- Un environnement hostile mais créé pour alléger le travail des hommes…
- Comme le transport maritime, on ne se pose pas la question de savoir comment une canette de bière arrive dans notre frigo. Ces objets métalliques sont transportés par des navires métalliques, fabriqués par des outils métalliques…
- Et avant tout cela, les mines….
- L’extraction des mines, l’embobinage, le câblage très fin, tout ce monde qui passe par d’énormes transformations…On est toujours dans ce monde métallique… On l’oublie parce qu’on associe le pittoresque industriel avec la pierre ou le bois. On ne pense pas aux réalisations métalliques…
- Là, ce n’est pas le pittoresque, mais le sublime !
- Donc, c’est une interrogation au début, une recherche de beauté, suivies par l’envie d’essayer de mettre en avant ces lieux qui nous entourent.
- Et pour rendre hommage aux gens qui y travaillent ?
- Oui, c’est toujours le triangle de l’homme, du travail et du métal.
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